Colignon - Pluriels 21
19 juin 2007
Bonjour,
impossible de retrouver le dossier: "notes pour intervention". Je vous envoie à la place un article qui me parait intessant pour votre réflexion. Sincèrement.
Martine COLIGNON
|
AU SOMMAIRE
|
|
|
Colignon - Portes Ouvertes
6 juin 2007
Colignon - Exposition
4 juin 2007
GALERIE KELLER
MARTINE COLIGNON
FLÈCHEMULLER
SAMY HAFFAF
OLIVIER PERSON
MARTINE RASSINEUX
THOMAS SALET
MATHIAS SCHAUWECKER
Galerie Keller,13 rue Keller,75011 Paris
Métro : Bastille
Tél. : 33 (0)1 43 57 72 49
du mardi au samedi de 14h30 à 19h
Colignon - Jean Maisondieu
3 juin 2007
UN CHOIX POLITIQUE D’ACTUALITÉ EN FINIR AVEC L’EXCLUSION OU RÉHABILITER LA FOLIE ?
Jean MAISONDIEU Psychiatre des Hôpitaux, Centre clinique de psychothérapie, Poissy
PRATIQUES en santé mentale • N°1 • 2000
Au cours des années 70, le thème de l’exclusion est devenu à la mode. Il a inspiré de nombreuses recherches dans les milieux scientifiques et de multiples débats dans les médias. L’usage de ce concept relativement peu utilisé jusqu’alors lorsqu’il s’agissait d’évoquer les problèmes de pauvreté et de désocialisation a été en quelque sorte consacrée officiellement par la loi de décembre 1988 instituant le Revenu Minimum d’Insertion (RMI), puisque dans son préambule, le législateur faisait de la lutte contre l’exclusion " une priorité nationale ".
Aujourd’hui, à peine quelques années après avoir été ainsi consacrée, force est de constater que sans disparaître des discours, l’exclusion n’y est plus omniprésente. La précarité tend à se substi tuer à elle comme c’est le cas dans ces journées. Sans être véritablement obscène, le terme d’exclusion n’est plus aussi politiquement correct qu’il le fut. C’est dire que, sortie tapageusement de l’ombre, l’exclusion tend à y retourner discrètement. Ainsi, elle peut se faire oublier de nouveau tout en continuant à exister en douce derrière le souci collectif pour la précarité qui lui fait paravent. Grâce à ce déplacement et à cette couverture, elle retrouve les propriétés de clandestinité et d’invisibilité qui la caractérisent car comme le dit Martine Xiberras : " une exclusion réussie, par définition, ne peut s’appréhender puisqu’elle supposerait que la population d’exclus soit rejetée si loin de notre univers mental et de nos frontières spatiales qu’elle soit devenue hors de notre portée, hors de notre ligne d’horizon, hors de notre pensée… " (11).
Il y a quelques années donc, nous avions réalisé avec stupéfaction qu’en démocratie, certains citoyens pouvaient se retrouver chassés de leur place légitime de citoyens à part entière, sans aucune forme de procès et sans avoir démérité. Le mot d’exclusion avait jailli fort à propos, en quelque sorte malgré nous, pour rendre compte de ce phénomène scandaleux et qui ne pouvait être ignoré tellement il se manifestait rapidement et massivement. Mais maintenant, puisque le scandale persiste et que nous nous en accommodons, ce mot d’exclusion devient trop crû pour être utilisé à tout-va. Comment pourrions-nous continuer à parler d’elle alors que nousn’agissons guère pour la faire cesser et que bien au contraire nous continuons à fabriquer des exclus à tours de bras ? De même, pour soulager " une souffrance qu’on ne peut plus cacher " pour reprendre le titre du rapport Lazarus-Strohl, celle des exclus, sans s’attaquer à la cause réelle de sa survenue : l’exclusion, il est préférable de ne plus trop parler de cette dernière et d’axer les préoccupations sur la précarité, sa compagne presque obligée et qui peut, elle aussi, faire souffrir parfois. Comme elle n’a pas la dimension de rejet ni le caractère d’iniquité qui sont toujours présents dans l’exclusion, on risque moins d’être mis en cause dans la genèse des troubles psychiques qu’elle peut parfois engendrer. C’est dire que parler de précarité plutôt que d’exclusion comme nous le faisons aujourd’hui, c’est déjà faire un choix politique : celui de se voiler la face et d’accepter l’exclusion comme un fait de société quasi inévitable.
Pourtant en démocratie, l’exclusion ne devrait pas être tolérée. Elle est et ne peut être qu’une maltraitance sociale car comme le dit Marcel Gauchet, dans ce contexte particulier, " nul ne peut être extérieur à la Société " (4). Les troubles psychiques des exclus ne sont pas liés à la précarité qui est leur lot habituel, ils sont en rapport avec le mal-être engendré par la situation inique et folle dans laquelle ils se trouvent d’être en dehors de la société tout en y restant officiellement inclus. Ces troubles ne sont pas davantage liés à une maladie mentale, même si les malades mentaux sont plus facilement exclus que les bien-portants et en connaissent un solide rayon en matière de précarité.
En faisant l’impasse sur l’exclusion, il est impossible de percevoir le rôle fondamental qu’elle joue dans la genèse des troubles psychiques chez les personnes en situation de précarité ou de pauvreté et il ne peut donc y avoir, les concernant, une politique de santé mentale digne de ce nom.
Sans qu’il y ait eu une volonté politique clairement affichée de purification sociale ou d’apartheid, mais sous couvert de nécessités économiques, discrètement mais efficacement, en toute injustice, en toute illégalité et en toute impunité, certains individus considérés comme en trop sont éjectés de leur place dans la société. Faute de pouvoir les faire disparaître vraiment, elle en fait des Sans-place et les garde en son sein, généralement en dessous du seuil de pauvreté. Privés de travail et virés du circuit des échanges, condamnés à la précarité au quotidien, leur destination finale est inéluctablement la rue à moins qu’ils n’acceptent d’être mis au rancart dans les interminables circuits de la réinsertion pour obtenir l’allocation qui leur permet de sous-vivre en attendant des jours meilleurs.
À l’heure ou l’économie n’est plus au service des individus, mais où les individus sont au service de l’économie, la caractéristique de notre belle civilisation est de
marcher à l’exclusion. Si en bonne démocratie, elle laisse officiellement leur voix à tous les citoyens, en même temps, elle ne laisse pas à certains d’entre eux la place qui leur revient pour qu’ils puissent parler et surtout se faire entendre. Or pour pouvoir échanger sur le plan matériel et surtout au niveau symbolique, il est absolument nécessaire, non seulement d’avoir matière à échanger et de désirer le faire, mais aussi de pouvoir se mettre, au moins imaginairement, à la place de son partenaire. Cette démarche mentale devient impossible si le partenaire en question n’a pas de place ou une place d’indésirable. Dans cette hypothèse, il n’est plus acceptable comme un semblable et il ne peut ni être identifié ni s’identifier comme un frère en humanité.
" L’Autre est un autre que moi parce qu’il est relativement le même, parce qu’il est à la fois semblable et différent " (5). Cette formule de Vladimir Jankélévitch résume admirablement toute la problématique de l’altérité, mais elle rend également compte de l’importance primordiale de la reconnaissance d’autrui comme un semblable pour qu’il conserve une place de sujet avec lequel échanger dans la communauté des humains. " L’altérité se développe dans l’intervalle incertain et précaire entre ressemblance et différence. Elle ne peut donc s’individualiser et, ce faisant, la subjectivité s’affirmer en toute liberté, que si cet espace est borné. Et il est borné par la fraternité qui fonde et scelle la ressemblance entre les humains au-delà de leurs différences. Si le lien de fraternité avec lui est dénié, autrui cesse instantanément d’être un semblable pour être repéré seulement dans sa différence. Il devient un tout-autre radicalement étranger et vaguement étrange, avec lequel aucune mise en commun n’est plus envisageable puisqu’il n’y a plus de similarité interindividuelle et donc plus d’identification interhumaine ni de possibilité de langue commune " (7). Le déni de fraternité qui permet l’exclusion d’autrui, condamne dans les faits ce dernier à devenir Tout-autre qu’un semblable en humanité. Sa place est inéluctablement dans le champ de la folie, dans la mesure où le fou est le Tout-autre par excellence. En effet, aliéné à lui-même et aliéné par les autres, il n’appartient plus à la famille humaine. Ses frères en humanité qui le désignent comme fou sont horrifiés à la simple idée de le rencontrer et encore plus d’avoir la moindre familiarité avec lui. Non seulement ils l’excluent dans la réalité, mais en plus ils ne peuvent ni ne veulent en aucun cas le considérer comme l’un des leurs et s’identifier à lui parce qu’il est fou.
Ce qu’ils ne savent pas ou ce qu’ils ne veulent pas savoir mais que les exclus d’aujourd’hui vivent quotidiennement à leur corps défendant, c’est que la folie n’existe pas en soi. Quoique universelle et de toutes les époques, la folie est un mythe. Elle n’est qu’un artéfact culturel strictement lié à l’exclusion imaginaire d’autrui qui fait de lui non pas un semblable malgré sa différence, mais un Tout-autre
radicalement différent malgré sa ressemblance inaliénable d’humain. Ce que nous appelons folie n’est rien d’autre que le fruit vénéneux d’un déni du lien de fraternité avec celui qui est désigné comme fou en même temps qu’il est renié comme semblable par cette désignation.
Si la maladie mentale est une pathologie naturelle, la folie est une pathologie culturelle. Ses symptômes lorsqu’ils apparaissent ne sont pas liés à une quelconque atteinte mentale ou psychique de l’individu concerné, ils sont liés au fait qu’il vit une situation folle et affolante celle de l’exclusion. L’exclu d’aujourd’hui n’est pas un malade mental, il est l’avatar moderne du fou.
Jusqu’à la Renaissance, le fou avait pu jouir parfois d’un certain prestige et retrouver une place dans la société car d’être possédé par des esprits bons ou mauvais lui donnait une intéressante plus-value qui masquait plus ou moins son exclusion de la fraternité humaine en le reliant aux cieux ou aux enfers. Après la Renaissance, la folie ayant cessé d’être considérée comme un phénomène surnaturel pour devenir simple déraison, le fou a perdu sa dimension transcendantale pour retomber en animalité et être considéré, et surtout traité comme une bête, du fait précisément qu’il n’avait plus de raison, cet attribut spécifique de l’être humain. Il a fallu attendre la Révolution pour que l’idée de maladie mentale s’impose vraiment et supplante la notion de folie.
En promouvant les fous à la dignité de " malades dont l’état pénible mérite tous les égards dus à l’humanité souffrante " (9) et en joignant le geste libérateur au propos humaniste, Pinel lorsqu’il fait enlever leurs chaînes aux aliénés de Bicêtre en 1794 " récuse en paroles et en actes l’idée qu’un homme puisse être considéré comme un fou par d’autres hommes. Au fou, il offre l’asile de la maladie mentale au nom de la fraternité entre les hommes, et dans cet asile, il interdit qu’on le traite comme une bête au nom de cette même fraternité " (8).
Cette avancée décisive, ni Michel Foucault (3) ni Robert Castel (1) confondant comme beaucoup d’autres aujourd’hui encore folie et maladie mentale, rien n’ont pas perçu la véritable portée que Gladys Swain (10) avait su repérer et qu’Alain Finkielkraut résume au mieux lorsqu’il écrit : " l’internement des fous coïncide non pas avec l’exclusion de la folie, mais avec son incorporation, au contraire, dans la communauté humaine… d’autre que l’homme, le fou devenait un autre homme " (2).
Aujourd’hui, il nous faut admettre que folie et maladie mentale ne sont pas les mêmes choses, mais qu’exclusion et folie sont du même registre. L’exclusion apparue ces dernières années avec son cortège de souffrance psychique le confirme. Non seulement il n’est pas nécessaire d’être un malade mental pour être exclu, mais en plus nombre d’exclus qui étaient en bonne santé avant leur exclusion présentent à la suite de celle-ci des troubles psychiques. En quelques années, une nouvelle catégorie
de citoyens est apparue. Il est aussi difficile de l’appeler " catégorie socio-professionnelle " que de considérer ses membres comme des handicapés. Ce sont les RMistes et autres sujets en situation de précarité. Maltraités sociaux, ils peuvent présenter des troubles psychiques comme tous les maltraités.
Démuni de place et vivant dans la précarité, vivant dans la précarité parce que démuni de place, l’exclu est symboliquement inscrit aux abonnés absents quoique physiquement présent. Ce n’est pas un extra-terrestre car il a en principe les pieds sur terre, mais c’est un extrasocial car il ne sait pas où les poser faute d’avoir une place à lui. Comme il ne sait pas où se mettre, il est gauche. Il manque tellement d’aisance tant sur le plan matériel que sur le plan psychologique, que son comportement s’en trouve altéré. Il se débat d’abord un certain temps, puis il se replie sur lui car il a honte et se désespère d’être incapable de trouver une place qui n’existe pas pour lui, alors que tant d’autres y arrivent encore. Quand il a compris qu’il n’y avait décidément pas de place pour lui, il ne cherche plus à se situer, il s’efforce au contraire de s’oublier. Il ne veut penser à rien et ne rien ressentir pour supporter sa misère mais aussi d’être vécu et de se vivre comme un moins que rien et un indésirable. Honte, désespérance et inhibition affectivo-cognitive, tel est son lot, que j’ai décrit sous le nom de syndrome d’exclusion (6). Bien installé il s’entretient de lui-même et aggrave l’exclusion et la précarité de l’exclu jusqu’à le conduire à la grande précarité du Sans Domicile Fixe (SDF) qui, lui, est le Sans-place par excellence.
La dissociation complète entre le discours qui affirme que l’exclu est un citoyen à l’égal des autres et la réalité de l’exclusion qui le chasse de sa place de citoyen, cette dissociation est parfaitement pathogène. À cause d’elle, l’exclu vit réellement et au jour le jour la situation
décrite dans la stupide mais classique histoire de fous où il est demandé à celui qui peint un plafond : " tiens-toi au pinceau pendant que je retire l’échelle ". Puisqu’il ne sait pas faire cette impossible gymnastique, il dégringole le long des barreaux de l’échelle sociale. Quand il tombe dans la galère puis dans la rue, au lieu de s’interroger sur la folie de la prescription qui lui demandait de rester un citoyen comme les autres bien qu’il riait plus sa place, on lui demande s’il ne s’est pas fait mal en tombant et s’il ne se sent pas un peu anormal de ne pas avoir su se retenir de tomber. On voudrait en faire un malade mental alors qu’on l’a rendu fou.
Grâce à cette méthodologie de pointe, en quelques années, le fou nouveau est arrivé, c’est l’exclu dont le paradigme est le SDF. Nanti de son kil de rouge, accom pagné de son chien, mais démuni de marotte, il est devenu un personnage familier du paysage urbain. Des Samu sociaux se sont mis en place pour lui proposer un asile précaire plutôt que de rester durablement dans son refuge en carton qui dépare les rues. Et si parfois il a le front de refuser la proposition généreuse qui lui est faite de dégager le terrain en montant dans une de ces voitures balais des éclopés sociaux, on dit qu’il présente une pathologie de la demande puisqu’il ne sait pas ce qui est bon pour lui, et qu’il est sûrement un malade mental.
" Le clochard qui refuse de monter dans le camion du SAMU social ne présente pas une pathologie de la demande. Il répond par un bras d’honneur mortifère à l’au mone médicalisée d’une société qui ne lui donne pas sa place de sujet. Meurtri par la pitié organisée d’un humanisme récupéré, il préfère crever et il le fait savoir avec les moyens du bord au risque d’en mourir ou d’être pris pour un malade…. Il me paraît douteux que le psychiatre doive participer à cette opération villes propres s’il n’a pas la possibilité d’en proclamer fortement les limites" (8).
En quelques années de " priorité nationale ", la lutte contre l’exclusion s’est transformée en exclusion de l’exclusion pour qu’on ne la voie plus et qu’on puisse faire avec en s’occupant de la précarité. Avec elle, finies les
interrogations sur la citoyenneté, elle n’est plus en danger, tout le monde retrouve sa place puisqu’il n’y a plus d’exclus. Il suffit d’apprendre à certains à vivre au jour le jour et de considérer le siège éjectable et le strapontin comme les plus belles inventions de la modernité. Il suffit de considérer la précarité comme la norme pour ne pas en faire une maladie.
La précarité est tout à fait acceptable pour ceux qui ne la vivent pas. Pour les autres, cela se discute… C’est pourquoi on leur offrira des lieux de parole et d’écoute où ils pourront parler tout leur soûl de leurs difficultés à trouver du plaisir à vivre une précarité qu’ils n’ont pas choisie et qui ne les enchantent pas. C’est la nouvelle politique de santé mentale ! Elle refuse tout à la fois de psychiatriser les exclus et de faire cesser leur exclusion. Ce faisant elle valide le retour de la folie au sein de notre société, mais sans le reconnaître, ce qui est grave.
" Le SDF est devenu la figure emblématique de l’aliénation. Tout-autre qu’un homme du fait de son exclusion qui le chasse du monde des humains, il est l’image la plus pure de ce qu’est la folie lorsqu’elle est débarrassée de l’hypothèque de la maladie mentale. Sa présence au sein de notre société témoigne mieux que tout discours du fait qu’il suffit de nier un individu comme sujet désirant et désirable pour le déshumaniser complètement. C’est pourquoi le psychiatre ne peut pas se désintéresser de l’exclu même s’il doit revoir ses théories et ses pratiques pour pouvoir l’aborder. Et il ne pourra espérer l’aider à revenir dans le monde des sujets parlants et désirants que s’il sait résister à la demande qui lui est faite de faire taire l’exclu en le traitant de malade alors qu’il est un maltraité social "(8). Comme le fou d’autrefois, l’exclu d’aujourd’hui fait peur et on veut le cacher car si on ne le voit plus il n’y a plus de raison d’avoir peur ni de s’en occuper. C’est le B-a-Ba d’une politique d’exclusion qui, en se limitant à la précarité, fait avec l’exclusion au lieu de lutter contre elle. C’est la politique actuelle, c’est cette politique qu’il nous faut refuser.
__________________________________________________
BIBLIOGRAPHIE
(1) Castel R. - L’ordre psychiatrique. Les éditions de minuit Paris 1976
(2) Finkielkraut A. - La sagesse de l’amour. Gallimard Paris 1984
(3) Foucault M. - Histoire de la folie à l’âge classique. Plon Paris 1961
(4) Gauchet M. - La révolution des droits de l’homme. Gallimard Paris 1980
(5) Jankélévitch V. - Le pur et l’impur Flammarion. Paris 1960
(6) Maisondieu J. - La fabrique des exclus. Bayard éditions Paris 1997
(7) Maisondieu J. - Liberté, altérité, fraternité XVllièmes journées de l’in
(8) Maisondieu J. - La psychiatrie perdue dans ses succès ? 6èmes assises de Psygé "identités violence et passage à l’acte" St Malo Mars 1999 (à paraître)
(9) Pinel Ph. - Traité médico-philosophique sur l’aliénation mentale 2ème édition Brosson Paris 1809
(10) Swain G. - Le sujet de la folie (naissance de la psychiatrie) CalmannLévy Paris 1997
(11) Xiberras M. - Les théories de l’exclusion Méridiens klincksieck Paris 1993
Pour avoir le texte en format RTF ici
Colignon - Précarité
3 juin 2007
DES EXPÉRIENCES ENCORE PARTIELLES
Deux rapports administratifs ont essayé de poser la question santé mentale et précarité.
* Le premier en 1995 (Ville, santé mentale et précarité), autour des politiques d’insertion (ville, RMI, jeunes), se faisait l’écho des difficultés des professionnels sociaux face à des publics qui ne sont pas identifiés comme malades, mais qui se trouvent mis à l’écart des circuits normaux par l’évolution du marché du travail. Il devient difficile de faire la part des effets sociaux de leur rélégation, des trajectoires individuelles parfois cahotiques, ou de dimensions plus proprement pathologiques.
* Le second en 1996 (Psychiatrie et grande exclusion), portant sur la grande exclusion, s’interrogeait sur la capacité du secteur de suivre des cas où la dimension pathologique est beaucoup plus marquée, mais où le mode de vie et les comportements marqués par l’expérience de la rue rendent le contact difficile.
Un des intérêts de ces travaux1 (où la présence des psychiatres était majoritaire) était de prendre en compte les questions que se posaient des acteurs sociaux non spécialisés sur le rôle du secteur et sur les services qu’il pouvait rendre à la population, au-delà de sa file active habituelle. Ils permettaient de déplacer les frontières d’un jeu de rôle assez convenu : "Vous allez psychiatriser la pauvreté" versus "vous vous cachez derrière votre statut de médecin pour éviter de vous confronter au champ social".
Ces rapports, le premier en particulier, ont rencontré chez les professionnels de santé mentale un écho inhabituel pour ce genre de littérature. Ils ne faisaient pourtant que mettre l’accent sur des aspects parfaitement identifiés des missions des secteurs de psychiatrie : le travail au sein de la communauté et les missions de prévention pour le premier, la nécessité d’assurer la continuité de la prise en charge, y compris pour les plus défavorisés, pour le second.
Ces rapports ont suscité des réactions assez contrastées : pour certains, ils ont été vécus comme une injonction paradoxale, ajoutant des charges nouvelles au contexte difficile de la psychiatrie (limitation des budgets, accroissement de la demande, incertitudes sur le devenir du secteur face aux évolutions prévisibles de la démographie médicale et infirmière, médicalisation de la prise en charge des patients) ; pour d’autres, ils ont été considérés comme une occasion de réouvrir un débat public sur la santé mentale, et, peut-être, de redonner une dynamique à la politique de secteur.
La question n’est pas seulement d’ouvrir le secteur à de nouveaux publics, d’autant plus que la santé mentale n’est que très partiellement une question propre à la psychiatrie, et que les besoins qui peuvent se manifester sont rarement proprement médicaux (appui aux équipes, aide à la compréhension de situations de crise, prise en compte de la singularité des trajectoires). Mais elle n’est pas sans rencontrer des préoccupations propres aux secteurs de psychiatrie. On peut en retenir deux qui semblent assez caractéristiques.
* Le mouvement rapide de déshospitalisation, lié pour partie à l’amélioration des prises en charge médicales, amène à devoir assurer le suivi des malades stabilisés dans un contexte social banalisé. Ces malades ont des problèmes sociaux, en matière de logement, d’emploi, de vie sociale, qui ne sont pas différents par nature de ceux d’autres publics en difficulté, avec lesquels ils se trouvent parfois en concurrence. Le secteur doit donc négocier avec des partenaires extérieurs, pour pouvoir assurer sa mission de suivi au long cours des patients, sans prendre en charge la totalité de leur vie quotidienne. En caricaturant un peu les choses, le secteur était un réseau intégré autour de ses patients. Il est désormais appelé à faire réseau avec d’autres, dès lors que ses usagers ne sont plus uniquement caractérisés par le fait d’être des patients. On peut voir le chemin qui reste à parcourir, pour parvenir à une dé-spécification de la prise en charge.
* Les formes de manifestation de la souffrance psychique changent, mettant à mal les classifications habituelles : comme le notait J. Maisondieu, il n’est pas évident de distinguer le désespoir du chômeur de la dépression du chômeur, ce qui n’est pourtant pas sans conséquences sur la prise en charge à réaliser. La clinique se trouve confrontée à des entités plus floues, qui, souvent, se manifestent dans le champ social "à chaud", bien avant de se traduire en demande de soins. La distinction entre les publics est d’autant plus délicate à réaliser, que les modes de prise en charge sont encore très clivés entre le sanitaire et le social2. L’absence de mouvement social permettant de venir mettre en scène des tensions individuelles et collectives fait peser sur les intervenants sanitaires et sociaux une charge particulièrement lourde.
Depuis la pubIication de ces rapports, de nombreuses équipes se sont mises à travailler autour du thème santé précarité, le plus souvent au sein du secteur, parfois de façon autonome. Elles ont utilisé les moyens incitatifs dégagés par le Ministère, notamment ceux liés à la loi de lutte contre les exclusions (PRAPS, programmes régionaux d’accès à la prévention et aux soins) ou ceux du dispositif d’insertion du RMI. Un réseau national de rencontre autour de la clinique psycho-sociale s’est constitué sous la coordination de l’ORSPERE. locales, des associations. Elles manquent encore d’une traduction dans une forme de prise en compte plus pérenne dans la politique du secteur. Mais il est aussi vrai que ce cadre, qui associe au secteur d’autres formes de financement et de partenariat, n’est pas facile à dégager.
Ce qui peut être plus préoccupant, c’est d’avoir un peu le sentiment que les initiatives sont souvent prises par des équipes qui avaient déjà entrepris depuis longtemps une démarche de diversification de leurs pratiques. Mais, dans bien des endroits, une certaine inertie institutionnelle reste assez présente.
(1) Auxquels il faudrait rajouter l’ouvrage de C. Desjours "Souffrance au travail", qui aborde la question sous l’angle de la précarisation du monde du travail, et qui montre que la fragilisation concerne tous les publics, bien au-delà des seuls exclus.
Olivier Quérouil
Revue PLURIELS N°21
Pour le texte en format RTF ici
Colignon- Psychologie sociale
3 juin 2007
La psychologie sociale
Quelques définitions
« Elle consiste à essayer de comprendre et d’expliquer comment les pensées, sentiments et comportements des individus sont influencés par le présence, imaginaire, implicite ou explicite des autres ».
Allport, 1954.
« Elle étudie les processus mentaux (ou les comportements) des individus déterminés par les interactions actuelles ou passées que ces derniers entretiennent avec d’autres personnes ».
Brown, 1965.
« C’est le domaine d’étude scientifique qui étudie la façon par laquelle le comportement, les sentiments ou les pensées d’un individu sont influencées ou déterminées par le comportement ou les caractéristiques des autres »
Baron et Byrne, 1981.
« C’est une discipline où l’on étudie de façon systématique les intéractions humaines et leurs fondements psychologiques ».
Gergen et Gergen, 1984.
« Elle est la science du conflit entre l’individu et la société.
Elle est la science des phénomènes de l’idéologie (cognitions et représentations sociales) et des phénomènes de communication ».
Moscovi, 1984.
« C’est l’étude scientifique de la façon dont les gens se perçoivent, s’influencent et entrent en relation les uns avec les autres ».
Myers et Lamarche, 1992.
Document au format RTF à charger ici
“Matières à …”
11 mai 2007
Les Pinceaux- ATEPP CEFAT - Journée annuelle.
Voici en même temps que les 25 ans, la journée annuelle de l’ATEPP CEFAT ( Les Pinceaux), un autre institut de formation des art- thérapeutes sur PARIS.
J’y interviens en tant que plasticien et je trouve leur travail de formation particulièrement intéréssant.
Cette journée peut être l’occasion de découvrir l’approche qui se fait dans ces ateliers ainsi que la recherche mené sur la notion de "matière" en art thérapie par cet institut.
Je serai présent et je montrerai des films d’animation réalisés avec des enfants.
C’est le samedi 2 Juin 2007 de 10h30 à 18 h00 (juste après notre semaine de formation), Maison des associations du 14ème.
Régis
leur site internet:
http://www.lespinceaux.org/ (pas mis à jour, donc ne vous étonnez pas !)
« Page précédente — Page suivante »